soi

Trouver le sens - Chronique

 

" Mais alors, dit Alice, si le monde n'a absolument aucun sens, qui nous empêche d'en inventer un? " Lewis Caroll

De tous temps, l'Homme a tenté de répondre à ces questions : Dieu existe-t-il? Est-il bon? Est-il juste? Comment prouver son existence? Notre vie a-t-elle un sens, ou est-elle le fruit du hasard?   Sommes-nous Dieu? Sommes-nous réellement dotés du libre-arbitre, ou nos actes sont-ils prédéterminés? 

Ces propositions ont toujours agité les philosophes et les chercheurs de vérité.  Et, à une époque où les actes terroristes " au nom de Dieu" se multiplient, nous pouvons affirmer sans aucun doute que "l'idée de Dieu " a fait couler beaucoup de sang. Il semble d'ailleurs que, depuis que dans l'esprit des hommes, "Dieu " a été défini de manière monothéiste, les guerres de religion ne se sont jamais arrêtées, quelle que soit la forme qu'elles prennent. 

Pourtant, la science nous révèle que la prière, la méditation, et toutes les formes d'expériences nous reliant au Sacré sont excellentes pour notre santé. Le psychiatre Carl Gustav Jung l'avait remarqué : Dans l'esprit humain existerait une aspiration à la transcendance,  et une porte qui nous mettrait en contact avec le Sacré, par l'intermédiaire du Soi. Alors, quel que soit le nom qu'on lui donne ( rappelons d'ailleurs que la plupart des religions sont d'accord sur ce point, Dieu ne peut être défini ), nous aurions intérêt à faire nôtre le pari de Pascal : 

Examinons donc ce point, et disons : « Dieu est, ou il n'est pas. » Mais de quel côté pencherons-nous ? La raison n'y peut rien déterminer : il y a un chaos infini qui nous sépare (...) — Oui, mais il faut parier ; cela n'est pas volontaire, vous êtes embarqué. Lequel prendrez-vous donc ? Voyons. Puisqu'il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins. (...). Votre raison n'est pas plus blessée, en choisissant l'un que l'autre, puisqu'il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter. » ( Extrait de  les Pensées).

Pour ma part, je parie sur ce que je vois, ce que je sens, ce que j'éprouve, et laisse les querelles de mots aux fanatiques religieux. Dans nos cabinets de psychothérapie, la souffrance est bien réelle: physique, émotionnelle, nerveuse, elle existe. Comme nous, nous existons au sein de la vie, de la nature. Notre être complexe est composé de chair et de sang, mais aussi de souffle et d'âme. Nous sommes dépendants les uns des autres, reliés à notre environnement, et notre bonheur est directement lié à nos pensées, nos humeurs ( états hormonaux), sur lesquels nous pouvons avoir une influence décisive. 

Quel sens allons-nous donc donner à nos pensées, à nos existences? Nous laissons-nous flotter au gré de nos émotions, tel l'Homme du Torrent dont parlait Louis-Claude de Saint-Martin? Nos actes sont-ils pulsionnels, désordonnés, arbitraires, ou tentons-nous de poursuivre un objectif dans nos vies, Suivons-nous certaines valeurs, morales ou éthiques, ou laissons-nous Eros et Thanatos faire de nos vies un champ de bataille incohérent? 

Et si nous décidions de reprendre le contrôle de nos vies? De nos pensées? Si nous choisissions d'ouvrir réellement nos yeux, et notre coeur, sur chaque instant, chaque Ici et Maintenant? Y découvrir le Sacré? 

Je crois fermement que nous avons le pouvoir de rendre sacrés tous les jours  de notre existence ( les bons jours comme les plus difficiles à traverser ), par la qualité de notre attention, de notre présence, et l'intention que nous mettrons dans nos gestes, nos paroles, nos actions. Chaque relation est une occasion de rencontrer l'amour, de partager la joie, de nous unir, pour un moment ou plus longtemps, en vue de sacraliser l'instant, de lui donner le sens qui fait chaud à notre coeur. 

Et, à défaut de comprendre et nommer le Sacré, le créer, l'inviter à transfigurer nos vies. Construire un pont vers l'Au-delà de Nous. 

 

Un koan Zen nous dit " Ce qui te manque, cherche-le dans ce que tu as". 


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Mon, ton , son chagrin

Un magnifique texte que je partage avec vous :

 

"J'avais un gros chagrin
Ce chagrin prenait pas mal de place, gonflait, s'obstinait à regarder ma vie de côté. Et pas du bon.

Alors je me suis assise.
Et j'ai prié le chagrin de se mettre sur une chaise à côté de moi: ce qu'il a fait !...
Je l'ai regardé attentivement sans rien dire, pendant de longues minutes...

Au bout d'un moment le chagrin s'est mis à se tortiller sur la chaise... il se plaignait d'attraper des crampes à cause de cette immobilité forcée.
Mais enfin je lui dis, avoir des crampes, c'est rien du tout, par contre avoir un gros chagrin qui dure, c'est une autre paire de manches. Tu n'es pas d'accord ?
Il n'était pas d'accord. Que voulez-vous, il défendait son point de vue...
Son point de vue de chagrin gros comme une maison pas habitué à devoir rester silencieux sur une chaise.

En général, un chagrin normal hoquette, sanglote, pleurniche, fait du bruit. Beaucoup de bruit.
Très gênants les bruits que font les chagrins. Ça souffle, ça renifle, ça mouche.

Là je ne lui demandais rien, je ne lui posais aucune question, je me contentais de le dévisager.
Le chagrin n'en menait pas large, il rougissait comme... comme... une tomate farcie
Farcie de sentiments encombrants.
Le silence entre nous devenait gênant.

Alors le chagrin s'est mis à toussoter d'un air un peu gêné.
Puis il a éternué, puis il a raclé sa gorge, puis il a demandé que je le prenne dans mes bras, que je dépose un baiser sur ses lèvres
C'est ce que j'ai fait. Mon chagrin est venu s'asseoir sur mes genoux. Je l'ai bercé, j'ai doucement caressé ses cheveux ébouriffés. Je l'ai regardé tendrement.

Et le chagrin s'est endormi
Il a même ronflé
Si, si, je vous assure
Il repose en paix à présent. Oui, en paix...
Bon, ça durera ce que ça durera..."

Nicole Versailles