Individuation et retour à la paix

Article paru le 16/04/2017 dans le blog Psychoanimisme  -  https://psychoanimisme.wordpress.com/2017/04/

 

Je constate régulièrement, avec joie, que le travail analytique, opération confrontant  le sujet à lui-même, l’ouvre en fait progressivement à un nouveau positionnement au monde, empreint de la conscience du sacré. Un rapport tantrique, d’une certaine façon. Et ce, même si le pèlerin engagé sur le chemin vers Soi se décrit lui-même, au début de son périple, comme athée ou matérialiste convaincu.

En effet, la douleur d’un rapport à soi difficile, qui motive un individu à consulter, le conduira tôt ou tard à s’occuper d’ajuster sa relation au monde et au vivant en général. Qu’on le veuille ou non, apaiser le rapport à soi-même, par un étrange phénomène de miroir, guide l’individu vers l’expérience de ce que les Lakota nous enseignent : Mitakouyé Oyasin : nous sommes tous reliés. La conséquence directe sera, le cas échéant,  un changement d’attitude : le développement d’une réceptivité Yin, un mode de relation basé sur un dialogue sensoriel plutôt qu’une conquête aveugle, de la nature comme de l’autre. Etre en amour avec la réalité, n’est-ce pas ce que nous aspirons tous à expérimenter ?

CONNAIS-TOI TOI-MEME

Le processus d’individuation est une entreprise qui ne peut utiliser comme objet que le réel. Réalité des affects, des sentiments, des émotions refoulées, des impressions diurnes ou nocturnes : voici les matériaux auxquels on ne peut se soustraire. Il nous suffit de nous remémorer les conséquences physiologiques d’une crise d’angoisse ou d’un cauchemar pour comprendre à quel point nos ressentis, aussi subjectifs qu’ils  soient, existent pour nous.

Sous l’œil ( et l’oreille ) du tiers bienveillant, nous donnons forme à ces réalités d’abord confuses que sont ces ombres émanant de notre vie intérieure. Nommer, c’est faire exister encore plus. C’est accepter de reconnaître un contenu vivant, et ainsi commencer à le lier au reste de la psyché. (comme on accueillerait un enfant en lui faisant une place dans sa famille) . Cette  première étape est fondamentale, et nous devrons la renouveler autant de fois que nécessaire : Accueillir la réalité, accepter de nous y confronter, c’est déjà nous offrir cette possibilité d’initier un dialogue avec elle. Donner forme, par la parole (même une parole provisoire) à nos affects, c’est déjà accepter d’être entraînés par eux dans une danse où conscient et inconscient se rejoignent et se modifient l’un l’autre.

Les conclusions des neurosciences, et en particulier les découvertes récentes sur la neuroplasticité, nous rappellent que nos connexions neuronales, donc nos pensées et nos croyances, peuvent être modifiées par des efforts conscients. Le premier de ces outils étant l’attention soutenue. Nous pourrions donc modifier notre réalité si nous prenions le temps de l’accueillir et de découvrir sans jugement ou condamnation ses différentes facettes. C’est le travail alchimique auquel l’analyse nous convie.

Pour Spinoza, dans l’Ethique, c’est évident : «  Par réalité et Perfection, j’entends la même chose ». N’est-ce pas un sage conseil, considérer que ce Réel que nous approchons est parfait en soi, et doit seulement être accueilli ? C’est donc cette réalité fluctuante, comme ce mercure insaisissable des philosophes, avec laquelle nous allons entrer en contact.

Rappelons à ce propos que les voies traditionnelles de sagesse et de développement personnel, qu’elles soient nées en Inde,  en Asie, ou chez des peuplades animistes nord-américaines, africaines, australiennes ou sibériennes, pour ne citer qu’elles, nous invitent à cette même rencontre : le Ici et Maintenant. Bouddhisme, Taoïsme, Zen, Yoga, certains arts martiaux comme l’aïkido, mais aussi certains courants philosophiques et spirituels comme la Non-dualité nous dépeignent le présent et les circonstances de notre vie comme voies royales vers l’Eveil et la Paix intérieure.

Le « Ici et maintenant » serait donc ce lieu rêvé, cet athanor de choix où pourrait s’opérer les noces du principe de Réalité et du principe de Plaisir ? Voilà le but ultime : être réconcilié avec ce qui existe, ce qui vit, en nous et autour de nous.

Et le moyen que nous offre la psychanalyse est simple : oser regarder, sentir, éprouver cet Ici et Maintenant dans toutes ses ramifications, ses couleurs et ses ombres, pour enfin y trouver une place apaisée. Car là, dans ce laboratoire intime, pourra s’ouvrir la porte secrète qui relie l’être à son histoire, à ses potentiels, et donc  à son destin, mais aussi à la compréhension de ses liens au monde.

RENCONTRE AVEC LE SACRE : L’EXPERIENCE DU NUMINEUX

Après avoir passé cette porte, que nous pourrions appeler la porte de la « réconciliation avec ce qui est », nous entrerions dans un espace magique. Là où, nous dit Jung, une connexion particulière entre l’esprit et la matière existerait.

C’est ce que la physique quantique découvre aujourd’hui. D’autre part, Les découvertes de Masaru Emoto sur la façon dont l’eau est influencée par nos pensées sont édifiantes à ce sujet. Mais il n’a rien inventé. Tout cela est évident pour les Alchimistes :

Ecoutons Jung , dans Psychologie et Alchimie :  « Selon Basil Valentin : toute la création, y compris les minéraux, reçoit ses forces de l’esprit de la terre ( la Matéria Prima ) . Cet esprit est vie, il est nourri par les étoiles, et il nourrit tous les êtres vivants qu’il abrite en son sein comme la mère qui porte l’enfant non né. »

Mais remontons encore le temps, car ce que les peuples anciens nous enseignent est la même chose: chaque objet du monde vivant , animal ,végétal, minéral, serait animé. Nos druides et guérisseurs bretons, nos sorciers africains, nos chamanes mongoliens ou péruviens qui savent dialoguer avec le monde invisible en sont convaincus.

Pour Spinoza, Dieu et la nature sont une seule et même chose (Deus sive natura = Dieu ou la nature ). Il emploie ces deux termes indistinctement.

Quant à nous, il nous faut arriver au troisième millénaire pour que les découvertes de la physique quantique nous permettent enfin de comprendre les phénomènes qualifiés de « psi » ou « parapsy » Pour ne citer qu’un des axiomes les plus connus : l’observateur modifie l’expérience. Il a donc une capacité d’action sur la matière.

Je vous invite à ce sujet à vous intéresser aux récits du regretté Luis Ansa, ( « les 7 plumes de l’aigle ») et sa Voie du Sentir. Et si vous décidez résolument d’entrer dans cette voie, « la porte magique » s’offrira à vous, tôt ou tard. Car, pour citer Jung, que l’on l’approche par la pensée, l’intuition, l’émotion ou le sentiment, consciemment ou non, appelé ou non, Dieu sera présent. « Vocatus atque non vocatus deus aderit »

La cure analytique comme toute démarche sincère d’introspection et d’observation de l’Ici et Maintenant nous amène donc tôt ou tard à une rencontre avec le Mystère de la Vie.

DEPOSER LES ARMES

Michel Meslin, historien des religions, pense que note rapport au sacré est teinté de libre-arbitre.

«  Le sacré est partout où l’homme le veut. Il n’est rien que ne puisse en devenir le lieu et tout ce qui est tenu pour sacré peut un jour redevenir profane. La frontière en est ainsi constamment mobile, elle dépend du désir et du choix des hommes. Ainsi la dualité sacré-profane est-elle une donnée de la conscience : elle n’est jamais  un état des êtres ou des choses ».

L’être humain est bizarre. Franchement, par quel choix arbitraire décrèterions-nous que tel peuple est sacré, et tel autre indésirable ? Ou que le cheval mérite plus d’égards que la baleine ? Et, à l’inverse, si nous acceptons d’être touché intimement par la magnificence du mystère de la Vie, Comment, en effet, pourrions-nous continuer à être en guerre contre elle ?

L’histoire de Job nous présente de manière allégorique la façon dont l’Homme peut cheminer vers l’apaisement avec la réalité, après avoir épuisé toutes ses ressources guerrières : colère, sentiment d’injustice, pour ne citer qu’eux. Voir à ce sujet les notes consécutives à la conférence donnée sur ce thème aux Journées du Pardon : « Pardon et acceptation, vers la réconciliation ».

http://www.anne-catherine-sabas.com/pages/conferences/anciennes-conferences/job.html

Il s’agit donc de commencer à danser avec la réalité, mais aussi avec les autres. Car ils font partie de notre réalité. Leur existence, leur liberté, les limites que leur présence pose à notre désir de toute puissance nous rappellent la nécessité à en faire des partenaires plutôt que des ennemis.

Là encore, c’est ce que les religions et les sagesses anciennes nous enseignent : l’autre est un aspect de la manifestation de la Création, et lui nuire revient, d’une certaine façon, à nous nuire à nous-même.

La Nature nous le prouve, en nous proposant d’observer l’existence des neurones miroirs. Rappelons que leur fonctionnement a été mise en évidence par le neurologue Giacomo Rizzolati, en 1996. Ces neurones, situés dans le cortex, s’activent «  en miroir »  à ceux d’un congénère, lorsqu’un individu observe un autre accomplir une action. Ils pourraient expliquer en partie le mécanisme de l’empathie, car nous ressentirions ainsi ce que l’autre ressent, et pourrions ainsi nous identifier à lui.

Nos traumatismes, et par extension tous nos refoulements, ont pour conséquence des clivages qui nous coupent de nos douleurs, mais aussi, plus généralement,  de notre capacité à ressentir. Ce qui s’avère, au moment du trauma, un mécanisme destiné à nous épargner une douleur dangereuse pour notre équilibre psychique, crée donc des dissociations plus ou moins graves (pouvant même déboucher sur des symptômes psychotiques). Alors, le processus d’individuation, et par extension de guérison psychique, va refaire circuler l’énergie psychique dans toutes ses voies: mémoire, capacité de représentation, d’expression, et donc réappropriation de nos perceptions…

La guérison psychique nous restaure, et nous permet de redevenir cet «  Homme total » dont parlait Jung.  « Les efforts du médecin aussi bien que la quête du patient sont dirigés vers cet homme total, caché et non encore manifesté, qui est pourtant tout à la fois, l’homme plus vaste et lhomme du futur. »

Mais, cet homo totus ne peut exister que dans un rapport à lui-même intègre, restauré. Sortir de la sidération, récupérer notre capacité à ressentir, à intégrer nos émotions, nos sentiments à notre personnalité est la tâche à laquelle nous nous consacrons durant le processus d’analyse. Et il est triste de constater l’ampleur de cette tâche, dans nos sociétés qui valorisent l’intellect et nient les besoins du corps, à moins qu’elles n’en fassent un outil qu’il faut maîtriser, dompter, soumettre. Rappelons que ces sociétés « intellectuelles » sont aussi les premiers consommateurs de psychotropes.

Parallèlement, la réunificatiion de l’individu le remet donc en contact avec ses semblables. En effet, comment pourrais-je continuer à ignorer ou craindre l’altérité lorsque j’aurai éprouvé la pleine mesure de ma vie intérieure ? Comment pourrais-je rester insensible aux malheurs du monde lorsque j’aurai embrassé  les événements les plus marquants de mon passé, fait la paix avec ma mémoire, et éprouvé une compassion infinie pour l’enfant que j’ai été, et l’adulte que je suis ?

Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux ». La devise gravée sur le fronton du Temple de Delphes nous est confirmée par la science, et l’expérience.

CONCLUSION 

Nous pourrions tout aussi bien dire, aime-toi toi-même, et tu aimeras l’Univers et les Dieux.

Entends ce cri qui monte au fond de toi et t’incite à déposer tes armes, à prendre soin de ta vie, de tes rêves, et de ton destin, et toute guerre te semblera bientôt insoutenable. Et même s’il ne s’agit pas de basculer dans une attitude soumise, ou complaisante à l’égard de ceux qui détruisent, au moins nous ne prendrons plus part active à ce jeu sans fin.

Notre guérison personnelle est la clef de la guérison de l’humanité. Le chemin est long encore. Mais nous avons, résolument, mis le pied dessus. Je vous souhaite bonne route vers vous-même, bonne route vers la paix.

 

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